dimanche 29 mars 2015

Aucun rapport.

Voilà plusieurs jours maintenant que l’enthousiasme de l’expérience chilienne a laissé place à des doutes, des incertitudes et des craintes, sentiments absurdes mais néanmoins bien réels. Arrivé au tiers de mon séjour ici, je tombe un peu des nus en prenant soudainement conscience qu’après ce stage, une période délicate s’annonce. En effet, à la fin de ma croisière de six mois sur les eaux tranquilles  sud-américaines, dans un bateau insubmersible conçu et emmené par mes colocataires, mon employeur et mon entourage, je vais devoir changer d’embarcation, et changer de cap. J’ai bien peur que ma prochaine excursion, en direction du marché du travail, se fasse sur un radeau de fortune, malmené par l’océan déchaîné de jeunes diplômés, d’employeurs exigeants et de responsabilités. La vie étudiante est confortable dans notre belle France, et quitter ce cocon sera sans nul doute une véritable épreuve durant laquelle je vais devoir faire preuve de courage, persévérance et pugnacité, des valeurs qui m’ont toujours fait défaut.
« A cœur vaillant rien d’impossible !». Je ne me sens capable de rien, mais  je donne pourtant raison à cette maxime. C’est paradoxal d’être à la fois persuadé qu’avec de la volonté, on peut déplacer des montagnes mais que me concernant, l’acharnement le plus farouche ne suffira pas. J’ai l’impression d’être l’exception qui confirme la règle, que ma bonne étoile n’existe pas.  Mais je pense également que rien n’arrive par hasard, et que les succès naissent de travail, de conviction et d’audace. Alors que j’illustre l’adage cité plus tôt ou non, il est sûr que le seul moyen d’y parvenir est d’essayer, essayer mille fois s’il le faut, sans jamais renoncer.
Tupac Shakur et Winston Churchill, si éloignées soient leurs trajectoires de vie, avaient ceci en commun de croire plus que tout en eux. Ils ont chacun à leur manière, à force de travail et de culot, changé l’histoire. Ces personnages sont des modèles, des sources d’inspiration pour moi. Je n’ai pas la prétention de pouvoir suivre leurs pas, loin s’en faut, mais leurs parcours ont prouvé qu’avec du cran on peut aller très loin. Et ces deux figures emblématiques ne sont que deux exemples parmi tant d’autres.
Il est donc temps d’y aller, de foncer, d’arrêter de se laisser porter par le courant. Il est temps d’affronter chaque tempête, chaque récif qui se mettra en travers de mon chemin. En y réfléchissant bien, c’est une chance de devoir se battre pour atteindre ses objectifs ou se rapprocher de ses rêves. Tout a plus de saveur s’il a fallu attendre ou se démener pour l’obtenir.
De plus, la vie n’est qu’une, elle est fragile, alors il ne faut pas perdre son temps à se plaindre, avoir peur ou hésiter.
Alors ce fameux radeau de fortune sur lequel je vais embarquer dans peu de temps fera peut-être escale sur l’île de Pole Emploi, ou dans l’archipel des Petits-Boulots, mais à chaque halte je le consoliderai, pour arriver sans trop de dommages dans des eaux plus paisibles. De plus, Marion pourra ramer avec moi quand mes bras et mon mental ne répondront plus ;) !

Voilà comment le fait d’écrire ce qui me tracasse me fait passer en quelques lignes du parfait Calimero, à Mohammed Ali. Je vais mieux, je vais conquérir le monde je reviens.


PS: Ce genre de complaintes vides de sens et ennuyantes au possible ne seront pas légions sur ce blog rassurez-vous ;). 

vendredi 20 mars 2015

Vallée d'Aconcagua

Mercredi c'était le jour des visites. A la base, nous en avions deux de planifiées (sur les 4 vignobles ouverts au tourisme de cette vallée) mais Manuel est parvenu, à coups d'appels téléphoniques et de culot, à faire en sorte que l'on visite les 4 dans la journée. 

Cette vallée est proche de Santiago, à une heure de la capitale en allant vers le nord. Le trajet fût donc plutôt court et sans embûche. Nous avons commencé par le domaine Sanchez de Loria ou nous attendait Felipe Cruz, un responsable touristique d'un certain âge, enthousiaste, passionné et chaleureux. Il nous a donc fait faire le tour du propriétaire et nous à fait découvrir ce vignoble atypique, qui compte plus d'un siècle d'histoire. Partout les odeurs nous assaillent, tantôt le souffre, tantôt les fleurs ou bien même l'odeur de renfermé dans certaines pièces de la demeure patronale. J'ai vraiment adoré ce lieu, emprunt d'histoire, ou sont mises en avant les traditions (qu'il s'agisse des techniques agricoles ou de l'aspect familiale de l'entreprise). 

Ici, pas de bodega impressionnante, pas de cuves en inox, pas de restaurant prétentieux, pas de parking pour accueillir des bus remplis de touristes et pas de panneaux explicatifs glorifiant les heureux propriétaires et leur réussite commerciale. Ici non, on produit du vin, depuis le 19eme siècle, et on le produit toujours de la même manière qu'alors, et ce en famille. On y fait les vendanges à la main et on n'exporte pas. C'est vraiment l'histoire du vin chilien qui continue de respirer ici, entre ces vieux murs qui restent debout et n'ont que faire de l'uniformisation des pratiques et des vins. 










Notre hôte qui, à l'image du domaine, est quelqu'un de simple, sincère et passionné, nous a fait goûter quelques uns de leurs vins. 

- Tadea Sauvignon Blanc 2014.

- Reserva Oidor Cabernet Sauvignon 2010.

- Cabernet Sauvignon Licoroso 2009. 

- Viognier 2013. Ce dernier m'a vraiment surpris. C'est un vin blanc tout ce qu'il y a de plus normal à en regarder la bouteille, mais une fois ce nectar dans la bouche, la surprise est totale... Un vin rouge. Vraiment au goût c'est un vin rouge. Il faudra que je me renseigne parce que là je n'ai pas tout compris. Même si les magiciens n'aiment pas dévoiler leurs tours je pense pouvoir trouver la réponse sur la toile haha. 


Vers midi, la visite s'est terminée par une accolade chaleureuse avec Felipe. A ce moment là, nous avions 4 heures devant nous avant la visite suivante... Alors Manuel y est allé au culot et nous a directement conduit dans le vignoble Von Siebenthal, sans avoir obtenu de rendez-vous ni même avoir prévenu qui que ce soit. 

Nous avons été reçus en premier lieu par Darwin, le maître de chai (le responsable touristique étant en déplacement). Il nous a montré les infrastructures, nous a brièvement raconté l'histoire du domaine, jusqu'à ce qu'un monsieur d'une cinquantaine d'années le coupe au milieu de sa tirade. Cet homme aux grosses lunettes rondes, au crane dégarni et à la bedaine fière s'est avéré être le propriétaire des lieux. Il a donc pris le relais et nous a raconté son histoire, l'histoire de son rêve devenu réalité. 

Vous pouvez voir sa trombine sur le site du domaine :). Avant de devenir viticulteur ici, il était avocat en Suisse et jouissait d'un train de vie plus que confortable (il gagnait plus d'argent que maintenant en travaillant moins selon ses propres mots). Il aimait sa vie, son métier, ses collègues, son confort etc. Mais depuis tout jeune il aimait surtout le vin, une véritable passion qu'il se contentait alors d'assouvir en se confectionnant une cave exceptionnelle remplie de vins uniques et aujourd'hui certainement hors de prix. Alors il a quitté tout ça pour repartir à zéro à l'autre bout du monde. J'ai considérablement raccourci l'histoire qui est en réalité bien plus longue (monsieur aime bien parler haha). 

A la différence de nombreux producteurs natifs du Chili, qui - je ne les blâmerai pas pour ça - défendent corps et âme leur savoir-faire et leur tradition, M. Von Siebenthal admet sans aucune difficulté que les techniques européennes sont exceptionnelles, tout comme le terroir chilien. C'est certainement ce qui fait que ses vins rencontrent un franc succès, cette alliance du savoir-faire européen, bon disons-le franchement, du savoir-faire français, et des caractéristiques uniques du terroir d'Aconcagua. Et cette importance attachée au terroir, au climat et aux sols est relativement nouvelle dans le monde du vin chilien (ou l'on préfère mettre en avant le raisin, le produit en lui-même, plutôt que ses facteurs de production).

Pour toutes ces raisons, les vins Von Siebenthal comptent parmi les meilleurs du pays. Alors ici aussi, on attache une grande importance au vin, à chaque détail, à chaque paramètre. Et le chef d'orchestre de tout ce travail se rit des châteaux chiliens qui produisent des millions de bouteilles par an tout en prétendant vendre un produit d'exception. Il est intimement persuadé qu'en dépassant une certaine taille critique, un certain nombre d'hectares, il est impossible de tout contrôler, et de contrôler bien, avec amour et doigté :). C'est son avis en tous cas haha.

C'était une chance de pouvoir écouter parler ce monsieur charismatique, fier du chemin qu'il a parcouru et du vin qu'il produit (et qu'il boit bien sûr, de l'ordre d'une bouteille par jour).






Vers 14h30, après avoir avalé quelques sandwichs, Manuel parvient à décrocher un rendez-vous de dernière minute au domaine Errazuriz, véritable institution ici, et ailleurs. Changement d'ambiance ici, ça sent un peu plus l'argent, les médailles et les journalistes.

L"histoire de ce château est bien trop longue et bien trop riche pour la résumer en quelques lignes, mais qu'est-ce qu'elle est intéressante ! Notre guide Fernanda nous en a fait le récit, parfaitement illustré par de nombreux portraits de famille.

Alors certes, ce domaine est quasiment aussi ancien que celui de Sanchez de Loria, mais la comparaison s'arrête là. Ici, le temps ne semble pas s'être arrêté, au contraire, il a fait son oeuvre et les hectares de vignes ont eu tout le loisir de voir pousser à leurs côtés des bâtiments impressionnants et même un village. La vie de la zone tournait autour de ce vignoble. Le propriétaire y a fait construire des habitations pour les ouvriers, une église, une école, un théatre etc.

Aujourd'hui, plus d'un siècle après le début de cette folle aventure, les vins Errazuriz sont vendus dans le monde entier, et certains d'entre eux rivalisent avec les plus grands châteaux français (en terme de qualité oui, classements internationaux à l'appui !).

Les infrastructures sont à couper le souffle, c'est très impressionnant, et je serais vraiment curieux d'avoir quelques chiffres sur le Patrimoine de l'actuel propriétaire, descendant direct du fondateur d'Errazuriz. Tout est gigantesque, impressionnant et savamment pensé. Rien ne semble être laissé au hasard, c'est l'exact inverse du premier domaine visité (et c'est bien pour la diversité de l'offre touristique dans la vallée haha).







Nous avons pu goûter 4 vins Errazuriz, vraiment très bons en toute objectivité:

- Aconcagua Costa Chardonnay 2014. (super bon)

- Aconcagua Costa Syrah 2012. (Je ne suis pas fan du Syrah en général alors moyen bof...).

- Don Maximiliano 2010. (Une petite merveille à 100 euro la bouteille haha). 

- Sena 2012 (icone du domaine, produit en partenariat avec Robert Mondavit, très bon également !). 

* Comme vous avez pu le constater j'ai acquis un certain savoir dans l'art de la dégustation et suis désormais capable de parler d'un vin avec maîtrise et sérénité: J'aime pas / Bof / J'aime bien / J'adore trop cool super.




Le quatrième et dernier vignoble n'est pas vraiment digne d'intérêt. San Esteban est un domaine tout ce qu'il y a de plus normal, avec sa salle des barriques, sa cave de vinification, son atelier de mise en bouteilles, sa boutique etc. Rien n'est vraiment en ordre, il n'y a pas vraiment de concept développé, pas de grand vin, pas d'histoire singulière ni de signe distinctif... C'est un peu comme le Syrah d'Errazuriz : moyen-bof. 

lundi 9 mars 2015

Le début de la gloire

Je suis désormais connu comme le loup blanc au Chili. Il parait que ce papier est le plus lu et le plus vendu de l'histoire de la presse écrite ici (C'est madame Bachelet qui me l'a dit au téléphone j'invente rien...). Je vous laisse j'ai une séance de dédicaces au Starbucks Coffee de Costanera. Je ne vous oublie pas pour autant.

Bien à vous, Sir Thomas Perrier.




dimanche 8 mars 2015

Un jour spécial (s)

Vendredi

Aujourd'hui, j'ai changé de chef. José-Manuel a passé le flambeau à Mario, l'autre stagiaire de la boite qui est en charge du Train des Saveurs. Du coup, pas d'ordinateur et pas de fiches aujourd'hui. A la place, préparation du train pour le lendemain et de multiples aller-retours entre le bureau et la gare de Santiago pour acheminer tout le matériel (vins, verres, glacières etc.). On a fini à 23 heures 30 et Mario m'a offert un petit KFC salvateur :). 

Ici Mario avec une partie des 380 verres à transporter vers la Estacion Central. 

Samedi

C'est le grand jour, celui de la Fiesta de la Vendimia, mais pas seulement... 

Aujourd'hui, ça fait exactement un an que je partage mes joies et mes peines avec Marion, un an qu'on est allé boire un verre ensemble, qu'on a commencé à refaire le monde, et à construire le notre. On fête donc notre première année ensemble à 11 000 km de distance, et sans même pouvoir se parler. C'est donc le côté le plus triste de cette journée... Mais bon, ça avance ça avance, on se rapproche de plus en plus, chaque minute :). 

Aujourd'hui, c'est aussi l'anniversaire de madame Patricia maman :). En effet, elle fête ses 35 ans ! Joyeux anniversaire maman ! :) 

Et donc bien sûr, c'est le jour de la fête des vendanges de la vallée de Colchagua. Cette fois encore, je suis assigné à la bodega dans le train. Je gère les stocks, prépare les commandes, et ouvre les bouteilles ! 
Et cette fois au lieu d'un, il y a deux trains, ce qui implique le double de passagers et le double de guides ! Des guides tous très sympas, tous jeunes ! J'ai donc fait de nouvelles rencontres, c'est toujours bon à prendre. 


Le jeune avec le T-shirt jaune se prénomme Ibra (ce n'est pas un diminutif'. De mère suisse et de père syrien, ce garçon parle 6 langues: français, espagnol, anglais, italien, arabe et japonais). Ça force le respect haha, et il est très cool de surcroît. 

Il y avait donc 350 passagers, 20 guides, du personnel de la compagnie ferroviaire et trois chaînes de télévision chiliennes. Le voyage a commencé fort pour moi car j'ai du traduire le discours de bienvenue en anglais et me charger de le lire au micro pour l'ensemble des passagers haha, sympa comme expérience. Ensuite pas grand chose à signaler jusqu'à l'arrivée à San Fernando, ou j'ai dû grouper les passagers à qui on avait distribué des stickers gris pour les amener dans le bus correspondant. En montant dans le bus, un enfant m'a demandé si j'étais le guide, j'ai donc dit oui et il m'a offert des chips haha. Et tout le petit groupe a également souhaité que j'apparaisse sur leur selfie :). 

Le bus a donc pris la direction de la Fiesta de la Vendimia, dans la petite ville de Santa Cruz, sorte de capitale du vin à Colchagua. Là-bas, nous avions deux heures et demi de temps libre pour déjeuner et profiter des festivités. Ambiance très sympa, grand soleil, cool. 






Le seul côté négatif c'est qu'en tant que guide, on a pas trop pu profiter des dégustation de vins, voire pas du tout, mais bon au delà de ça c'était un moment très sympa avec les membres de l'équipe. 

Mon repas du midi :)

Ensuite tout le monde s'est réuni pour l'étape suivante, le départ pour la visite d'un vignoble. Les gens de notre groupe étaient bizarrement plus loquaces qu'au début de l'expérience :). 
J'ai pas eu de chance au tirage car j'ai pu re-re-re-redécouvrir le vignoble de Montes haha. 

Pour la suite rien à signaler, retour à la gare de San Fernando, puis à Santiago avec un énooooorme mal de tête pour clore cette journée éprouvante mais sympa :). 

mardi 3 mars 2015

On a tous un peu d'Emile en nous

Hier, nos nouveaux colocataires sont arrivés. Un jeune couple d’uruguayens au premier abord très sympa :). Mais j'en saurai plus ce soir car on a acheté du vin pour leur souhaiter la bienvenue. Ça me donnera l'occasion de leur parler un peu. 

J'ai opté pour cette bouteille, sobrement intitulée "Emile". Je cherchais un Carménère et le design de cette bouteille m'a interpellé. Et c'est en réalité tout un concept qui se cache derrière. En fait, le château Botalcura semble avoir lancé une collection de bouteilles sur le thème de tueurs en série célèbres au Chili :). Alors j'en ai pris une un peu au hasard... La mienne arbore le portrait d'un des assassins mis à l'honneur. Et comme il n'y a pas de hasard, il est français. La contre étiquette raconte 
son histoire (pas d'info' sur le vin non, juste l'histoire).




Au début du vingtième siècle, plusieurs riches étrangers sont sauvagement assassinés à Valparaiso, au Chili. La police arrête un Français, l'agitateur anarchiste Emile Dubois, condamné et exécuté en 1907. Le petit peuple de Valparaiso voue aujourd'hui encore un culte à "Santo Dubois", pourtant considéré comme le premier tueur en série du Chili.

Je pense que c'est un bon moyen de dire aux nouveaux arrivants de prendre garde, de leur faire comprendre qu'il ne faut pas trop jouer  avec mes nerfs, à défaut de quoi je risquerais de suivre les pas de ce cher Emile Dubois Mouahahaha. 

PS: S'il est érigé au rang de Saint aujourd'hui, c'est parce que ses victimes avaient le sang bleu. Alors certains le comparent à Robin des Bois, quand d'autres préfèrent lui trouver des points communs avec Jack l'éventreur :). 

Sinon le vin est plutôt bon.